Des souvenirs désordonnés, et cette sensation au creux du ventre lorsque je les évoque. Un entrelacs de rires, de jambes, de fumée. Mes mains crispées sur sa peau, sa voix qui me rend folle, l'obscurité radieuse qui règne dans sa chambre quand je suis dans ses bras, nos discussions exaltées et nos inlassables étreintes, l'oubli total de ce monde insignifiant, juste lui, juste moi... Nos membres confondus, nos rires accordées. Et noyer mon regard dans ses yeux limpides. Et offrir mon cou à ses lèvres avides. Allumer des cigarettes que l'on fume à deux, ne plus rien désirer, ne plus rien redouter, l'imperfectible satiété du corps à corps, du coeur à coeur, bercé par la musique. Délicieuse lassitude, nos êtres gisent côte à côte, en silence. Et exultent uniquement d'être ensemble. Lui, jouant négligemment avec mes cheveux, moi promenant mes doigts le long de la courbure de ses reins. Des frissons, et la force tranquille de son corps étendu dont le seul contact me brûle la peau et l'âme. Non, je n'ai peur de rien quand je suis dans ses bras. De rien. Je fais de mon souffle l'écho des battements de son coeur, de sa jambe qui m'entoure une chaîne indéfectible. Je le regarde, et l'ombre de ses cils sur sa joue, sa moue d'enfant, sa main abandonnée, déchaînent en moi des passions disproportionnées... Moi qui fuyais l'amour, qui le fustigeais à l'envie. C'était sans compter avec son existance, à lui.