Personne ne peut comprendre ce que je ressens en ce moment. Ce picotement dans le bas du ventre, cette remontée acide jusqu'à ma gorge. Ces gestes automatiques, qui s'enchainent trop rapidement pour que je puisse les stopper. Et qui me rongent de l'intérieur. Tout le monde a des problèmes, et tout le monde les règle à sa façon. On choisit tous quelque chose ou quelqu'un pour se venger.J'ai choisis depuis bien lontemps sur qui ou quoi me défouler. Ce petit tas de graisse immonde que je croise tous les matins, que j'apperçois souvent aux travers d'une vitre, dans un reflet. Et je lui fais payer pour tout ce qu'il a pu arriver. Ce n'est pas douloureux, ou plutot si, trés. C'est une douleur qui ne se résorbe jamais et qui pourtant n'existe pas. Elle se ressent dans un regard sur ces formes disgracieuses et bien trop voyantes, dans une réflexion indélicate. Et c'est là que ça fait le plus mal, quand on s'apperçois que ce que l'on est n'est pas ce que l'on aurait aimé être. Alors tout reprend ; ces mêmes gestes, cette même douleur, ces mêmes pleurs une fois qu'on est seul. Ce cercle vicieux qui nous enferme dans notre malaise, cette inconstante répétition de ce que l'on aimerait fuir. Ce monstre qui nous poursuit et nous détruit un peu plus chaque jour. Et le pire c'est qu'on ne peut vivre sans lui, sans cette présence malsaine parce qu'on ne peut parler de lui à personne, personne ne comprend ce que l'on s'inflige. Les gens jugent votre comportement et votre apparence sans aucune compassion : vous êtes une ratée, une pauvre petite conne incapable de se sortir de la merde dans laquelle elle s'est plongée toute seule. Et pourtant on a tout fait pour vous aider : les hospitalisations, les suivits psychologiques, les cours de nutrition... Vous n'avez pas su saisir la main que l'on vous a tendu. Alors à quoi bon fuir le mal qui me ronge puisque je ne suis qu'une pauvre idiote. J'ai appris à vivre avec ce que je hais le plus au monde, moi même. J'ai appris à apprécier ce qui me détruisait. J'ai l'impression que tout s'effondre autour de moi et que la seule chose qui me reste c'est cette putain de maladie. La seule chose qui ne m'abandonne jamais. A quoi bon la fuir finalement. Elle finira par me tuer d'une façon ou d'une autre, à un moment ou à un autre, et aprés tout, qu'est ce que ça peut bien me faire ?